
Edition limitée à 1000 exemplaires.
Disque enregistré lors du concert donné le 10 juin 2006 au Temple Réformé de Sainte-Marie-aux-Mines (festival C'est dans la Vallée).
Rodolphe Burger : voix, guitares
Marco de Oliveira : basse
Hervé Loos : batterie
Lionel Pierres : machines, samples
Jean-Noël Chaléat : claviers
Pierre Lucas : scratch, samples
Mick Harvey : voix, guitare
Jacques Higelin : voix
Fred Poulet : voix
Daniel Darc : voix
Son : Nicolas Devernois
Enregistré par Joël Theux.
Mixé par David Husser au studio Klein Leberau.
Edité par Dernière Bande / Initiatives Evénements / Festival C'est dans la Vallée.
Marilou dans la Vallée
10 juin 2006 dans la vallée. C'est ce soir que Rodolphe Burger et ses invités revisitent l'oeuvre de Gainsbourg, quarante ans après l'Homme à tête de chou. Convié pour la première fois à Sainte-Marie-aux-Mines, Daniel Darc apparaît pendant la balance, flanqué de "Doudou la joncaille", son factotum, à la fois garde du corps, confident, pilote, ramasseur de pied de micro et "porte-paroles". Factotum, c'est aussi un bouquin de Bukowski, qui fut "postman" comme Daniel Toussaint, postier à Mulhouse le jour, ami des musiciens la nuit. Ou l'inverse. C'est dans la Vallée, c'est chez lui. Pendant le festival, il virevolte d'un invité à l'autre, copain comme cochon avec Alain (Bashung) ou Jeanne (Balibar). Autre familier du festival, Fred Poulet débarque à Sainte-Marie avec dans sa valise les images en super-8 qu'il vient de tourner en Allemagne au début de la Coupe du Monde. Jacques Higelin est là aussi, venu en ami avec sa fille Izia, miraculeusement tombée du ciel pour l'occasion.
Tandis que la nuit tombe à son tour, l'air de la montagne rafraîchit les esprits. Musiciens et spectateurs mêlés, une petite foule se tient chaud en sirotant de la Meteor et du pinot blanc. Alors que s'entrouvrent les portes du temple réformé, l'ami Emmanuel Abela nous quitte à regret pour rejoindre le théâtre où d'autres festivaliers comptent sur lui et Tepr pour les faire gigoter. Dernier à pénétrer dans le temple bondé comme un dimanche de fête, je me trouve une petite place derrière un pilier. En tordant le cou, je peux apercevoir Higelin, guitare en bandoulière, qui se cale sur la basse de Marco de Oliveira.
Intoxicated Man. Longtemps mauvaise graine aux côtés de Nick Cave, Mick Harvey chante Gainsbourg en anglais. Rodolphe, lui, est assis au milieu de ses invités. Les deux pieds sur ses pédales magiques, une main collée au manche, l'autre qui passe et repasse au-dessus des cordes. Je me demande comment il fait ça. Sa main monte au ciel, retombe en piqué avant de s'élever à nouveau… Il y a de la générosité dans ses gestes amples de guitariste moitié coucou, moitié albatros. D'une voix mâle, il raconte le destin dramatique de Marilou, petite shampouineuse nympho chère à Gainsbourg. Cette fois ça y est, Burger est l'Homme à tête de chou, Poulet est Gainsbourg, Darc chante Juif est Dieu et Marilou dévale dans la Vallée.
Jimi Hendrix, Elvis Presley, T-Rex, Alice Cooper, Lou Reed, les Rolling Stones… Le name dropping intensif de Gainsbourg sur les Variations électrise l'assistance. La guitare de Rodolphe s'emballe enfin, m'emballe. Marilou sous la neige. La scène du meurtre, un long silence, puis mon passage préféré : Marilou sous la nei-ge… Les saillies de la guitare me transpercent. Gainsbourg et Burger ne font plus qu'un. Tous les deux sont l'Homme à tête de chou. Marilou définitivement endormie sous la neige de l'extincteur d'incendie, je suis bon pour le Lunatic Asylum. Après un Requiem pour un con collégial sous percussions et un Je suis venu te dire que je m'en vais beau à pleurer repris par Higelin, amis et famille se retrouvent pour quelques derniers verres chez Lili. Tout le monde est là. Higelin aussi, apaisé comme un volcan des Vosges. Dans la famille Burger, on sait ouvrir grand les bras et les portes.
Philippe Schweyer
(texte publié dans la pochette du disque)